Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/252

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— Craindrais-tu donc, dit le templier, qu’ils ne soient en forces suffisantes pour enlever le château par un coup de main ?

— Non certes, sire Brian. Ces outlaws ont à leur tête un chef plein d’audace ; mais ils n’ont ni machines de guerre, ni échelles pour donner l’assaut, ni personne qui puisse guider leur inexpérience dans l’attaque d’une forteresse : mon château bravera tous leurs efforts.

— Envoie un message à tes voisins, dit le templier ; invite-les à rassembler leurs gens pour venir au secours de trois chevaliers assiégés dans le château baronial de Reginald Front-de-Bœuf par un fou et un gardeur de pourceaux.

— Encore une plaisanterie, sire chevalier !… Mais chez qui envoyer ? Malvoisin est en ce moment à York avec ses vassaux ainsi que mes autres alliés ; et sans votre infernale entreprise, j’y serais avec eux.

— Alors donc, envoyons un messager à York, et faites-en revenir nos gens, dit de Bracy. S’ils ne fuient à l’aspect de ma bannière flottante et de ma compagnie franche, je les tiens pour les plus hardis outlaws qui aient jamais bandé un arc dans les bois.

— Et qui chargerons-nous de ce message ? demanda Front-de-Bœuf. Ces bandits doivent occuper tous les sentiers : ils intercepteront et le porteur et la dépêche. M’y voilà ! » ajouta-t-il après avoir réfléchi un instant. « Sire templier, puisque vous savez lire, vous savez sans doute écrire ; et si nous pouvons trouver l’écritoire et la plume de mon chapelain, qui est mort il y aura un an à Noël, au milieu d’une orgie…

— Je crois, » dit l’écuyer qui était resté dans la salle prêt à exécuter les ordres de son maître ; « je crois que la vieille Barbara a conservé cette plume et cette écritoire, pour l’amour de son confesseur. Je l’ai entendue se plaindre qu’il soit le dernier qui lui ait dit de ces choses qu’un homme poli doit adresser à une matrone aussi bien qu’à une jeune fille.

— Cours donc les chercher, Engelred ; et alors, sire templier ; tu écriras sous ma dictée une réponse à cet audacieux défi.

— J’aimerais mieux y répondre avec la pointe d’une épée qu’avec celle d’une plume, dit Bois-Guilbert ; mais qu’il soit fait comme vous voulez. »

Il s’assit devant une table, et Front-de-Bœuf lui dicta en français ce billet dont voici la teneur :

« Sire Reginald Front-de-Bœuf et les nobles chevaliers ses alliés