Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/20

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D’un autre côté, disiez-vous encore, l’auteur anglais, en ne le supposant pas moins habile que l’enchanteur du nord, ne peut choisir ses sujets qu’au milieu de la poussière des anciens âges, où ne se trouvent que des ossements séchés et vermoulus, comme ceux qui remplissaient la vallée de Josaphat. Vous exprimiez en outre l’appréhension que les préjugés anti-nationaux de mes compatriotes ne leur permissent pas d’accueillir favorablement une production telle que celle dont j’essayais de vous démontrer le succès probable. Et cela, reprîtes-vous, n’est pas entièrement dû à cette disposition générale qui nous porte à accueillir tout ce qui est étranger ; il faut aussi faire entrer en compte les improbabilités qui naissent de la position même du lecteur anglais. Si vous lui tracez une esquisse de mœurs sauvages et d’un état de société primitive existant au milieu des montagnes d’Écosse, il est très disposé à croire la peinture fidèle : la raison en est simple, et la voici. S’il est de la classe ordinaire des lecteurs, il n’a jamais vu ces régions éloignées, ou il en a seulement parcouru les solitudes pendant une excursion d’été, n’y trouvant qu’une nourriture détestable, dormant sur des lits à roulettes, errant de désert en désert ; il est donc tout préparé à croire les choses les plus étranges qu’on lui dira d’un peuple assez barbare et assez extravagant pour s’attacher à un pareil pays. Mais cet estimable individu, supposez-le dans sa propre demeure, bien close, entouré de toutes les commodités qui rendent si confortables les foyers d’un Anglais, il sera beaucoup moins porté à ajouter foi à ce que vous lui direz de ses ancêtres, et à croire qu’ils menaient une vie bien différente de la sienne ; que la tour délabrée, qui ne forme plus maintenant qu’un point de vue de sa fenêtre, fut jadis occupée par un baron qui l’aurait fait pendre à sa porte sans autre forme de procès ; que les paysans par qui sa petite ferme est cultivée auraient été ses esclaves il y a peu de siècles, et qu’enfin la complète influence de la tyrannie féodale s’étendait jadis sur le village voisin, où le procureur est aujourd’hui un personnage plus important que le lord du manoir seigneurial.

Tout en reconnaissant la force de ces objections, je dois avouer qu’elles ne me semblent pas insurmontables. La pénurie de matériaux est sans doute une grave difficulté ; mais, pour ceux qui ont des connaissances en antiquités, il existe (et le docteur Jonas Dryasdust le sait mieux que personne), concernant la vie privée de nos bons aïeux, des aperçus épars de nos divers historiens : aperçus qui ont peu d’importance, il est vrai, en comparaison des