Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/196

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Si, après s’être épuisé en vains efforts de ce côté, tel qu’un cavalier qui serrerait de l’éperon une haridelle épuisée de fatigue, ou un forgeron qui battrait un fer froid, Cedric passait à sa pupille, il n’en tirait guère plus de satisfaction. En effet, comme sa présence interrompait l’entretien de lady Rowena et de sa suivante favorite, entretien qui roulait sur la valeur et sur le destin de Wilfrid, Elgitha ne manquait pas de venger tout à la fois elle et sa maîtresse, en rappelant la manière dont le noble Athelstane avait été désarçonné dans la lice, sujet le plus désagréable qui pût résonner à l’oreille de Cedric. Pendant le voyage, le Saxon n’éprouva donc que contrariétés qui augmentèrent encore sa mauvaise humeur habituelle ; et plus d’une fois il maudit intérieurement le tournoi, ceux qui en avaient conçu l’idée, et sa propre folie qui l’y avait conduit.

Vers midi, sur la proposition d’Athelstane, les voyageurs s’arrêtèrent près d’une fontaine, sur la lisière d’un bois, pour faire reposer leurs chevaux et se restaurer eux-mêmes avec les provisions dont le généreux abbé de Saint-Withold avait pour eux chargé une mule. Cette halte, qui fut un peu longue et suivie de plusieurs autres, ne laissant plus aux voyageurs l’espérance d’arriver à Rotherwood avant la nuit, ils furent obligés de hâter davantage le pas de leurs montures.


CHAPITRE XIX.


Une troupe d’hommes armés, escortant quelque noble dame (comme leurs paroles diffuses l’annonçaient tandis qu’inaperçu je me tenais derrière eux), marchent très près les uns des autres, et se disposent à passer la nuit dans le château voisin.
Joana Baillie, Orra, tragédie.


Nos voyageurs étaient arrivés sur la lisière d’un bois qu’ils devaient traverser, ce qui, dans ce temps-là, ne pouvait se faire sans danger, vu le grand nombre d’outlaws ou proscrits que l’oppression et la misère avaient poussés au désespoir, et qui occupaient les forêts en bandes assez nombreuses pour braver presque impunément la faible police de l’époque. Cependant, malgré