Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/186

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les Normands pour tomber dans le genre langoureux. Qu’allait-il chercher loin de son pays ? devait-il s’attendre à autre chose, à son retour, que de trouver sa belle agréablement consolée par un rival plus assidu auprès d’elle ? Ne devait-il pas craindre qu’elle n’écoutât pas plus sa sérénade, comme on l’appelle, que le miaulement du chat dans la gouttière ? Néanmoins, sire chevalier, je bois à ta santé et au succès de tous les vrais amants. Je crains que vous ne soyez pas de ce nombre, » dit-il en voyant le chevalier, dont le cerveau commençait à s’échauffer par suite de si fréquentes libations, saisir la cruche d’eau et en remplir sa coupe, ce qui lui paraissait une méprise.

« Pourquoi ? répondit celui-ci. Ne m’avez-vous pas dit que cette eau a été puisée à la fontaine de votre bienheureux patron saint Dunstan ?

— Sans doute, et il y a baptisé des centaines de païens, mais je n’ai jamais entendu dire qu’il en ait bu. Chaque chose dans ce bas-monde a une destination qui lui est propre[1]. Saint Dunstan connaissait aussi bien que tout autre les prérogatives d’un joyeux frère. » En prononçant ces mots, il prit la harpe, et entonna les couplets suivants, sur un ancien air anglais qui se chante avec un refrain[2].


LE MOINE DÉCHAUSSÉ.


Mon ami, je vous donne un an et davantage
Pour chercher de l’Araxe aux bords féconds du Tage :
Vous ne verrez jamais, de vos courses lassé,
Nul vivant plus heureux qu’un moine déchaussé.

Pour sa dame un guerrier dans les combats s’élance,
Il revient traversé par le fer d’une lance :
Près de sa belle en pleurs vite il est confessé :
Et qui donc la console ? un moine déchaussé.

On vit plus d’un monarque échanger sa couronne
Contre le froc poudreux dont son corps s’environne ;
Mais a-t-on jamais vu qu’un homme ait balancé
Entre un sceptre et l’habit du moine déchaussé ?

  1. Every thing should be put to ils proper use in this world, chaque chose doit être appropriée à son usage ici-bas. a. m.
  2. L’auteur anglais suppose que le refrain derry-own, qui équivaut à notre lan, la remonte non seulement à la période de l’heptarchie, mais même aux temps des druides et que c’était sur cet air que les chœurs de ces prêtres chantaient leurs hymnes lorsqu’ils allaient recueillir le gui et le consacrer solennellement sur leurs autels de pierre. a. m.