Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/152

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


inévitable ; car dans ces temps l’habileté de chaque bon tireur était aussi connue à plusieurs lieues à la ronde que les qualités d’un cheval dressé à New-Market[1] sont familières aujourd’hui à ceux qui fréquentent cet endroit renommé.

La liste des archers se trouva donc définitivement fixée à huit concurrents. Le prince Jean descendit de son trône pour examiner de plus près ces archers, dont plusieurs portaient la livrée royale. Sa curiosité ainsi satisfaite, il chercha des yeux l’objet de son ressentiment, qu’il aperçut debout, à la même place et avec la même assurance et le même sang-froid que la veille.

« Drôle, lui dit le prince Jean, je devinais à ton insolente fanfaronnade que tu n’étais pas un véritable amateur de l’arc et de la flèche, et je vois que tu n’oses pas compromettre ton adresse au milieu de pareils concurrents.

— Sous le bon plaisir de Votre Grâce, dit le yeoman, j’ai pour ne pas me présenter un autre motif que la crainte d’une défaite.

— Et quel est ce motif ? » demanda le prince, qui par quelque cause que lui-même n’aurait pu expliquer, se sentait travaillé d’une vive curiosité à l’égard de cet individu.

« Parce que, répondit-il, j’ignore si ces yeomen et moi nous pouvons tirer au même but ; et puis je craindrais que Votre Altesse ne vît pas sans quelque déplaisir un homme qui a eu le malheur d’encourir sa disgrâce remporter un troisième prix.

— Quel est ton nom ? » dit le prince en rougissant de colère.

« Locksley, répondit-il.

— Eh bien, Locksley, tu viseras à ton tour, lorsque les six yeomen auront prouvé leur habileté. Si tu remportes le prix, j’y ajouterai vingt nobles[2] ; mais si tu perds, je te ferai dépouiller de ton habit vert de Lincoln[3], et chasser de la lice à grands coups de corde d’arc, en récompense de ta forfanterie.

— Et si je refuse de telles conditions ? dit le yeoman. Votre Grâce, aidée comme elle l’est par un grand nombre d’hommes d’armes, peut aisément me dépouiller et me frapper, mais elle n’a pas cependant le pouvoir de me forcer à bander mon arc si tel n’est pas mon bon plaisir.

  1. La ville d’Angleterre où ont lieu les courses de chevaux ; elle est située à environ soixante milles de Londres, et il existe encore un palais où descend la famille royale quand elle assiste à ces courses instituées par Charles II. a. m.
  2. Ancienne monnaie d’or qui valait environ huit francs de notre monnaie. a. m.
  3. Ville manufacturière du comté de ce nom. a. m.