Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/138

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


après le vainqueur, avait obtenu le plus de gloire le jour précédent, fut déclaré le chef de la seconde. Ceux qui la veille avaient tenu avec lui revinrent se placer sous son drapeau, excepté pourtant Ralph de Vipont, que sa chute avait mis hors d’état d’endosser de sitôt son armure. Il ne manqua pas de vaillants et nobles candidats pour remplir les rangs de l’une et l’autre cohorte. En effet, bien que le tournoi général, dans lequel un certain nombre de chevaliers combattaient à la fois, offrît plus de dangers que des combats singuliers, on le préférait généralement ; car ceux qui n’avaient pas assez de confiance dans leur propre habileté pour défier un seul adversaire d’une haute réputation, déployaient volontiers leur courage dans un combat général, où ils avaient l’espoir de rencontrer des champions moins redoutables qu’eux-mêmes. Cinquante chevaliers étaient déjà inscrits, lorsque les maréchaux déclarèrent qu’il n’en serait pas admis un plus grand nombre, au grand regret de plusieurs autres qui étaient arrivés trop tard.

Vers dix heures, toute la plaine était couverte par la multitude de personnes des deux sexes, à cheval ou à pied ; et bientôt des fanfares annoncèrent le prince Jean et sa suite. Le prince était entouré de la plupart des chevaliers qui se proposaient de prendre une part active à la lutte, aussi bien que de ceux dont le rôle devait se borner à celui de spectateurs. Dans le même instant arriva le Saxon Cedric avec lady Rowena ; Athelstane n’était pas avec lui. Ce dernier avait revêtu une forte armure, afin de se mêler parmi les combattants ; et, à la grande surprise de Cedric, il se rangea sous la bannière du templier. Le Saxon fit à son ami de vives remontrances sur un choix si peu judicieux ; mais il n’en reçut qu’une réponse évasive, telle qu’en donnent ordinairement ceux qui s’obstinant à suivre une détermination, sont peu soucieux de la justifier.

Athelstane avait cependant une excellente raison pour prendre parti avec Brian de Bois-Guilbert ; mais il eut la prudence de ne point la révéler. Quoique son humeur apathique l’empêchât de faire aucune démarche pour gagner les bonnes grâces de lady Rowena il s’en fallait qu’il fût resté insensible à ses charmes, et il considérait son alliance avec elle comme une chose irrévocablement fixée puisqu’il avait le consentement de Cedric et des autres amis que la jeune personne eût pu consulter. Aussi était-ce avec un déplaisir extrême qu’il avait vu le vainqueur de la veille, usant de la prérogative que la coutume lui accordait, porter son choix sur