Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/113

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— Ne craignez rien, prince, dit Waldemar Fitzurse ; connaissez-vous donc si peu la taille gigantesque de votre frère, pour penser qu’il lui soit possible de revêtir l’armure que porte l’inconnu ? De Wyvil et Martival, amenez le vainqueur au pied du trône, et mettez ainsi fin à une erreur qui cause au prince beaucoup d’agitation. Prince, continua-t-il, examinez l’étranger de plus près, votre grâce verra que sa taille est moindre que celle de Richard de trois pouces au moins, et que ses épaules sont en outre beaucoup moins larges que celles de ce roi ; d’ailleurs le cheval que montait l’inconnu n’eût pu fournir une seule carrière au roi Richard »

Il continuait de parler lorsque les maréchaux amenèrent le chevalier déshérité au pied d’un escalier en bois qui conduisait de la lice au trône du prince. Jean était encore tout rempli de l’idée que son frère, qu’il avait tant offensé et à qui il avait cependant de si grandes obligations, était soudainement arrivé au milieu de ses états. Les déclarations de Fitzurse n’avaient pu même dissiper ses craintes à cet égard. Jean complimenta l’étranger sur sa valeur, mais d’un air embarrassé ; il lui fit amener un cheval de guerre ; c’était le prix réservé au vainqueur. Il tremblait que, sous cette visière baissée qui s’offrait à ses regards, la voix de Richard Cœur-de-Lion ne fît entendre ses accents sévères et redoutables. Mais le chevalier ne répondit aux compliments du prince que par un humble et profond salut.

Le cheval fut conduit dans la lice par deux valets somptueusement vêtus ; le coursier lui-même était paré du plus riche attirail de guerre ; mais ces ornements, aux yeux des connaisseurs, n’ajoutaient que peu à son prix. Posant une main sur le pommeau de la selle, le chevalier déshérité s’élança d’un seul bond sur le dos du coursier, sans faire usage des étriers, et brandissant sa lance au dessus de son casque, deux fois il fit le tour de la lice, montrant, avec l’adresse d’un parfait cavalier, la marche et l’allure de l’animal.

Cette action que, dans tout autre cas, on eût pu taxer de vanité, était alors pleine de convenance, puisque l’étranger n’avait voulu que reconnaître de la manière la plus ostensible la récompense dont le prince l’avait honoré. Aussi le chevalier fut-il accueilli par des acclamations universelles.

Pendant ce temps l’intrigant prieur de Jorvaulx, s’adressant au prince Jean, lui dit à voix basse que le vainqueur, après avoir déployé son courage, devait au moins donner des preuves de son goût et de sa galanterie, en choisissant, parmi les beautés qui ornaient