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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/88

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72 ŒUVRES

elle a eu par cy-devant une fistule lacrymale accompagnée de facheux accidens remarquez par les Messieurs denommez en la presente cy-dessus, j’ay veu ledit œil gauche dans une disposition tellement naturelle qu’il ne paroist pas à present que ladite Delle y ait souffert aucun mal par le passé, de sorte que j’estime sa guerison estre tout-à-fait extraordinaire et miraculeuse. Ce que dessus certifié estre vray, tesmoin mon seing. Fait à Paris, ledit jour et an que dessus, Jean Gellot 1.

Faits baillez à M. l’Evesque de Toul, Official de Paris et Grand Vicaire de Mgr. le Cardinal de Rets, Archevesque de

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1. Il y eut aussi deux attestations de Félix, attestations dont parlent la Sentence des Grands-vicaires et Clémencet, mais que nous n’avons pas retrouvées. Voici ce que Racine écrit dans son Abrégé de l’Histoire de Port-Royal. « Le bruit de ce miracle estant venu à Compiegne, où estoit alors la Cour, la Reine mere se trouva fort embarrassée. Elle avoit peine à croire que Dieu eust si particulierement favorisé une maison qu’on luy depeignoit depuis longtemps comme infectée d’heresie, et que ce miracle dont on faisoit tant de recit, eust mesme esté operé en la personne d’une des pensionnaires de cette maison, comme si Dieu eust voulu approuver par là l’education que l’on y donnoit à la jeunesse. Elle ne s’en fia pas ny aux lettres que plusieurs personnes de pieté luy en écrivoient, ny au bruit public, ny mesme aux attestations des chirurgiens de Paris. Elle y envoya M. Felix, premier Chirurgien du Roy, estimé generallement pour sa grande habileté dans son art, et pour sa probité singuliere, et le chargea de luy rendre un compte fidele de tout ce qui luy paroistroit de ce miracle. M. Felix s’acquita de sa commission avec une fort grande exactitude. Il interrogea les Religieuses et les Chirurgiens, se fit raconter la naissance, le progres et la fin de la maladie, examina attentivement la pensionnaire, et enfin declara que la nature ny les remedes n’avoient eu aucune part à cette guerison, et qu’elle ne pouvoit estre que l’ouvrage de Dieu seul.... » Racine rapporte ensuite les propos malveillants qui circulèrent après la cérémonie d’octobre ; on assurait que le mal était revenu et que la petite fille était à toute extrémité ; il ajoute : « Je ne sçay point positivement si M. Felix eut de nouveaux ordres de la cour de s’informer de ce qui en estoit ; mais il paroist, par une seconde attestation signée de sa main, qu’il retourna encore à Port-Royal, et qu’il certifia de nouveau et la verité du miracle et la parfaite santé où il avoit trouvé cette demoiselle. »