Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/382

Cette page n’a pas encore été corrigée


366
ŒUVRES


la suffisance de tant de Religieux graves ? Et comment n'eust-il pas creu que la doctrine de Jansenius estoit la mesme que celle des cinq Propositions, dans l'assurance que vous luy aviez donnée qu'elles estoient mot à mot de cet Auteur ? Il est donc visible, mon Pere, que s'il se trouve que Jansenius ne les ait pas tenuës, il ne faudra pas dire, comme vos Peres ont fait dans leurs exemples, que le Pape s'est trompé en ce point de fait, ce qu'il est toujours fascheux de publier : mais il ne faudra que dire que vous avez trompé le Pape ; ce qui n'apporte plus de scandale, tant on vous connoist maintenant¹.

Ainsi, mon Pere, toute cette matiere est bien éloignée de pouvoir former une heresie. Mais comme vous voulez en faire une à quelque prix que ce soit, vous avez essayé de détourner la question du point de fait, pour la mettre en un point de foy ; et c'est ce que vous faites en cette sorte. Le Pape, dites-vous, declare qu'il a condamné la doctrine de Jansenius dans ces cinq Propositions : donc il est de foy que la doctrine de Jansenius touchant ces cinq Propositions est heretique telle qu'elle soit. Voilà, mon Pere, un point de foy bien estrange ; qu'une doctrine est heretique telle qu'elle puisse estre. Et quoy si selon Jansenius on peut resister à la grace interieure, et s'il est faux selon luy que Jesus-Christ ne soit mort que pour les seuls predestinez, cela sera-t'il aussi condamné, parceque c'est sa doctrine? Sera-t'il vray

____________________________________________________________

1. Cf. Pensées, fr. 929, T. III, p. 370 : « Imposteurs, on n'avoit pas vu ma quinziéme lettre. »