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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/377

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DIX SEPTIÈME PROVINCIALE


heretique ? Et ne faut-il donc pas avouer que pourveu que l'on condamne le sens heretique qu'un Pape auroit supposé dans un écrit, on n'est pas hérétique pour ne pas condamner cet écrit en le prenant en un sens qu'il est certain que le Pape n'a pas condamné ; puisqu'autrement l'un de ces deux Papes seroit tombé dans l'erreur.

J'ay voulu, mon Pere, vous accoustumer à ces contrarietez, qui arrivent entre les catholiques sur des questions de fait touchant l'intelligence du sens d'un autheur, en vous monstrant sur cela un Pere de l'Eglise contre un autre, un Pape contre un Pape, et un Concile contre un Concile, pour vous mener de là à d'autres exemples d'une pareille opposition, mais plus disproportionnée. Car vous y verrez des Conciles et des Papes d'un costé, et des Jesuites de l'autre qui s'opposeront à leurs decisions touchant le sens d'un auteur, sans que vous accusiez vos confreres, je ne dis pas d'heresie, mais non pas mesme de temerité.

¹Vous sçavez bien, mon Pere, que les écrits d'Origene furent condamnez par plusieurs Conciles et par plusieurs Papes, et mesme par le V. Concile General, comme contenans des heresies, et entr'autres celle de la reconciliation des demons au jour du jugement. Croyez-vous sur cela, qu'il soit d'une necessité absolue pour estre catholique de confesser qu'Origene a tenu en effet ces erreurs ; et qu'il ne

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1. Ce qui suit est encore emprunté à la Lettre d'Àrnauld à duc et pair, cf. supra p. 327 sqq.