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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/374

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ŒUVRES


ils n'auront point le malheur d'avoir erré dans la foy.

Il faut donc louer Dieu¹, mon Pere, de ce qu'il n'y a point en effet d'heresie dans l'Eglise : puisqu'il ne s'agit en cela que d'un point de fait, qui n'en peut former. Car l'Eglise decide les points de foy avec une autorité divine, et elle retranche de son corps tous ceux qui refusent de les recevoir ; mais elle n'en use pas de mesme pour les choses de fait². Et la raison en est que nostre salut est attaché à la foy qui nous a esté revelée, et qui se conserve dans l'Eglise par la tradition, mais qu'il ne depend point des autres faits particuliers, qui n'ont point esté revelez de Dieu. Ainsi on est obligé de croire que les commandemens de Dieu ne sont pas impossibles, mais on n'est pas obligé de sçavoir ce que Jansenius a enseigné sur ce sujet. C'est pourquoy Dieu conduit l'Eglise dans la determination des points de la foy, par l'assistance de son esprit qui ne peut errer ; au lieu que dans les choses de fait, il la laisse agir par les sens et par la raison qui en sont naturellement les juges. Car il n'y a que Dieu qui ait pu instruire l'Eglise de la foy : mais il n'y a qu'à lire Jansenius pour sçavoir si des propositions sont dans son livre. Et de là vient que c'est une heresie de resister aux decisions de foy : parceque c'est opposer son esprit propre³ à l'esprit de Dieu. Mais ce


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1. W. Communiter ... Deo grattas agamus.

2. Cf. Pensées, fr. 929, T. III, p. 367 : « L'Eglise peut bien obliger... »

3. W. Imbecillam hominis rationem.