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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/315

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LETTRE DE PASCAL A Mr ET A Mlle DE ROUANNEZ


Seigneur n'a pas voulu que nostre prevoyance s'etendist plus loin que le jour où nous sommes. C'est les bornes qu'il faut garder, et pour nostre salut, et pour nostre propre repos. Car en verité les preceptes Chrétiens sont les plus pleins de consolations : je dis plus que les maximes du monde.

Je prevois aussi bien des peines et pour cette personne, et pour d'autres, et pour moy. Mais je prie Dieu, lorsque je sens que je m'engage dans ces prevoyances, de me renfermer dans mes limites ; je me ramasse dans moy-mesme, et je trouve que je manque à faire plusieurs choses à quoy je suis obligé presentement pour me dissiper en des pensées inutiles de l'avenir, ausquelles, bien loin d'estre obligé de m'arrester, je suis au contraire obligé de ne m'y point arrester. Ce n'est que faute de sçavoir bien connoistre et etudier le present qu'on fait l'entendu pour etudier l'avenir. Ce que je dis là, je le dis pour moy, et non pas pour cette personne, qui a assurement bien plus de vertu et de meditation que moy ; mais je luy represente mon deffaut pour l'empescher d'y tomber ; on se corrige quelquefois mieux par la veüe du mal que par l'exemple du bien ; et il est bon de s'accoutùmer à profiter du mal, puisqu'il est si ordinaire, au lieu que le bien est si rare...


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