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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/314

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ŒUVRES


cela, et qu'il y a apparence qu'il s'est approprié cette affaire : aussi il le faut regarder comme l'autheur de tous les biens et de tous les maux, excepté le peché. Je luy repeteray là-dessus ce que j'ay autrefois rapporté de l'Escriture¹. Quand vous estes dans les biens, souvenez-vous des maux que vous meritez, et quand vous estes dans les maux, souvenez-vous des biens que vous esperez. Cependant je vous diray sur le sujet de l'autre personne que vous sçavez, qui mande qu'elle a bien des choses dans l'esprit qui l'embarrassent, que je suis bien fasché de la voir en cet estat. J'ay bien de la douleur de ses peines, et je voudrois bien l'en pouvoir soulager ; je la prie de ne point prevenir l'avenir, et de se souvenir que comme dit Nostre-Seigneur² à chaque jour suffit sa malice.

Le passé ne nous doit point embarrasser, puisque nous n'avons qu'à avoir regret de nos fautes. Mais l'avenir nous doit encore moins toucher, puisqu'il n'est point du tout à nostre egard, et que nous n'y arriverons peut-estre jamais. Le present est le seul temps qui est veritablement à nous, et dont nous devons user selon Dieu. C'est là où nos pensées doivent estre principalement comptées. Cependant le monde est si inquiet, qu'on ne pense presque jamais à la vie presente et à l'instant où l'on vit ; mais à celuy où l'on vivra. De sorte qu'on est toujours en estat de vivre à l'avenir, et jamais de vivre maintenant³. Nostre-

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1. Parole de l'Ecclesiastique citée dans la lettre VI, cf. supra p . 222.

2. Matth. VI, 34 : Sufficit diei malitia sua.

3. Cf. un développement analogue, Pensées, fr. 172, T. 11, p. 88.