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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/304

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ŒUVRES


estre foeütez¹, mes Reverends Peres, flagellentur. Tant l'Eglise a tousjours esté éloignée des erreurs de vostre Societé si corrompuë, qu'elle excuse d'aussi grands crimes que la calomnie, pour les commettre elle-mesme avec plus de liberté.

Certainement, mes Peres, vous seriez capables de produire par là beaucoup de maux, si Dieu n'avoit permis que vous ayez fourny vous-mesmes les moyens de les empêcher, et de rendre toutes vos impostures sans effet. Car il ne faut que publier cette estrange maxime qui les exempte de crime, pour vous oster toute creance. La calomnie est inutile, si elle n'est jointe à une grande reputation de sincerité. Un médisant ne peut réussir s'il n'est en estime d'abhorrer la médisance, comme un crime dont il est incapable. Et ainsi, mes Peres, vostre propre principe vous trahit. Vous l'avez estably pour asseurer vostre conscience. Car vous vouliez médire sans estre damnez, et estre de ces saints et pieux calomniateurs, dont parle S. Athanase² . Vous avez donc embrassé, pour vous sauver de l'enfer, cette maxime qui vous en sauve sur la foy de vos Docteurs : mais cette maxime mesme, qui vous garantit selon eux des maux que vous craignez en l'autre vie, vous oste en celle-cy l'utilité que vous en esperiez : de sorte qu'en pensant eviter le vice de la mé-

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1. Cf. ce texte d'Adrien, supra p. 251.

2. Citation empruntée à Arnauld (préface des Enluminures ; et Innocence et Verité deffendües p. 107), cf. onzième Provinciale, supra T.V, p. 293.