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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/219

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QUINZIÈME PROVINCIALE


jure par son chef que David a menty quand il a dit par le saint Esprit, que tout homme est menteur, trompeur, et fragile; et que ce penitent ne soit plus menteur, fragile, changeant, ny pecheur comme les autres, et vous n'appliquerez le sang de Jesus-Christ sur personne.

Que vous semble-t'il, mes Peres, de ces expressions extravagantes et impies, que s'il falloit attendre qu'il y eust quelque esperance d'amendement dans les pecheurs pour les absoudre, il faudroit attendre que Dieu le Pere jurast par son chef qu'ils ne tomberoient jamais plus ? Quoy, mes Peres, n'y a-t-il point de difference entre l'esperance et la certitude ? Quelle injure est-ce faire à la grace de Jesus-Christ, de dire qu'il est si peu possible que les Chrestiens sortent jamais des crimes contre la loy de Dieu, de ¹la nature, et de l'Eglise, qu'on ne pourroit l'esperer sans que le Saint Esprit eust menty : de sorte que selon vous si on ne donnoit l'absolution à ceux dont on n'espere aucun amendement, le sang de Jesus-Christ demeureroit inutile, et on ne l'appliqueroit jamais sur personne. À quel estat, mes Peres, vous reduit le desir immoderé de conserver la gloire de vos Auteurs, puisque vous ne trouvez que deux voyes pour les justifier ; l'imposture, ou l'impieté : et qu'ainsi la plus innocente maniere de vous deffendre est de desavoüer hardiment les choses les plus evidentes ?

De là vient que vous en usez si souvent. Mais ce n'est pas encore là tout ce que vous sçavez faire.

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1. B. la, manque. — Cette citation se trouve supra p. 201 sq.