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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/166

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ŒUVRES


l’ont pas soûmise à toutes sortes de personnes ; mais seulement aux Juges dont on a examiné la probité et la suffisance. Et croyez-vous qu’un seul suffise pour condamner un homme à mort ? Il en faut sept pour le moins, mes Peres. Il faut que de ces sept, il n’y en ait aucun qui ait esté offensé par le criminel, de peur que la passion n’altere ou ne corrompe son jugement. Et vous sçavez, mes Peres, qu’afin que leur esprit soit aussi plus pur, on observe encore de donner les heures du matin à ces fonctions. Tant on apporte de soin pour les preparer à une action si grande, où ils tiennent la place de Dieu, dont ils sont les Ministres, pour ne condamner que ceux qu’il condamne¹ luy-mesme.

Et c’est pourquoy afin d’y agir comme fideles dispensateurs de cette puissance divine d’oster la vie aux hommes, ils n’ont la liberté de juger que selon les dépositions des témoins, et selon toutes les autres formes qui leur sont prescrittes ; ensuite desquelles ils ne peuvent en conscience prononcer que selon les loix, ny juger dignes de mort que ceux que les loix y condamnent. Et alors, mes Peres, si l’ordre de Dieu les oblige d’abandonner au supplice ²les corps de ces miserables, le mesme ordre de Dieu les oblige de prendre soin de leurs ames criminelles ; et c’est mesme parcequ’elles sont criminelles qu’ils sont plus obligez à en prendre soin : de sorte qu’on ne les envoyé à la mort qu’aprés

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1. W. damnaverit.

2. B. [le]; W. corpora.