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QUATORZIÈME PROVINCIALE


ceux-ci, dont Lessius traitte si ouvertement dans les doutes 4. et 10¹. aussi bien que tant d’autres de vos Auteurs. Il seroit à desirer que ces horribles maximes ne fussent jamais sorties de l’enfer, et que le diable, qui en est le premier auteur, n’eust jamais trouvé des hommes assez devoüez à ses ordres, pour les publier parmy les Chrestiens.

Il est aisé de juger par tout ce que j’ay dit jusques icy combien le relâchement de vos opinions est contraire à la severité des loix civiles et mesmes payennes. Que sera-ce donc si on les compare avec les loix ecclesiastiques, qui doivent estre incomparablement plus saintes ; puisqu’il n’y a que l’Eglise qui connoisse et qui possede la veritable sainteté ? Aussi cette chaste Espouse du Fils de Dieu, qui à l’imitation de son Espoux sçait bien répandre son sang pour les autres, mais non pas répandre pour elle celuy des autres, a ²une horreur toute particuliere pour le meurtre, et proportionnée aux lumieres particulieres que Dieu luy a communiquées. Elle considere les hommes non seulement comme hommes, mais comme images du Dieu qu’elle adore. Elle a pour chacun d’eux un saint respect qui les luy rend tous venerables, comme rachetez d’un prix infiny, pour estre faits les Temples du Dieu vivant³ . Et ainsi elle croit que la mort d’un homme que l’on tuë sans l’ordre de son Dieu, n’est pas

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1. Cf. les titres de ces doutes de Leys, supra T. V, p. 61

2. B. pour le meurtre une horreur toute particuliere.

3. Paul. II Cor. VI, 16 : Vos enim estis templum Dei vivi.


2e série. III 10