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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/158

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ŒUVRES


trement on seroit en peril de perdre sa fortune ou son honneur; et vous dites que j’ay supprimé ce qu’il ajoute : Que ce cas-là est fort rare. Je vous admire, mes Peres ; voilà de plaisantes impostures que vous me reprochez ! Il est bien question de sçavoir si ce cas là est rare ! Il s’agit de sçavoir si le duel y est permis ! Ce sont deux questions separées. Layman en qualité de Casuiste doit juger si le duel y est permis, et il declare que oüy. Nous jugerons bien sans luy si ce cas là est rare ; et nous luy declarerons qu’il est fort ordinaire. Et si vous aimez ¹mieux en croire vostre ²bon amy Diana, il vous dira qu’il est fort commun, part. 5. tr. 14. Misc. 2. Resol. 99³ .

Mais qu’il soit rare, ou non, et que Layman suive en cela Navarre, comme vous le faites tant valoir, n’est-ce pas une chose abominable, qu’il consente à cette opinion : Que pour conserver un faux honneur il soit permis en conscience d’accepter un duel, contre les Edits de tous les Estats Chrestiens, et contre tous les canons de l’Eglise ; sans que vous aiez encore icy pour autoriser toutes ces maximes diaboliques, ny loix, ny canons, ny autoritez de l’Escriture ou des Peres, ny exemple d’aucun Saint, mais seulement ce raisonnement impie : L’honneur est plus cher que la vie. Or il est permis de tuer pour defendre sa vie. Donc il est permis de tuer pour defendre son honneur ? Quoy, mes Peres, parce que


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1. B. mieux, a été omis.

2. P. bon, manque.

3. Cf. ce texte de Diana, dans la septième Provinciale, supra T. V, p. 90 et p. 78 sq.