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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/153

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QUATORZIÈME PROVINCIALE


defendent, et par quel droit Lessius a pû dire l. 2. c. 9. n. 66 et 72¹. L’Exode défend de tuer les voleurs de jour qui ne se défendent pas avec des armes ; et on punit en justice ceux qui tuëroient de cette sorte. Mais neanmoins on n’en seroit pas coûpable en conscience, lorsqu’on n’est pas certain de pouvoir recouvrer ce qu’on nous dérobe, et qu’on en est en doute, comme dit Sotus, parcequ’on n’est pas obligé de s’exposer au peril de perdre quelque chose pour sauver un voleur. Et tout cela est encore permis aux Ecclesiastiques mesmes ? Quelle estrange hardiesse ! La loy de Moyse punit ceux qui tuent les voleurs, lorsqu’ils n’attaquent pas nostre vie ; et la loy de l’Evangile selon vous les absoudra ? Quoy, mes Peres, JESUS-CHRIST est-il venu pour destruire la loy, et non pas pour l’accomplir² ? Les Juges puniroient, dit Lessius, ceux qui tueroient en cette occasion, mais on n’en seroit pas coûpable en conscience. Est-ce donc que la morale de JESUS-CHRIST est plus cruelle et moins ennemie du meurtre que celle des Payens, dont les juges ont pris ces loix civiles qui le condamnent ?

Les Chrestiens font-ils plus d’estat des biens de la terre, ou font-ils moins d’estat de la vie des hommes, que n’en ont fait les idolatres, et les infideles? Surquoy vous fondez-vous, mes Peres? Ce n’est sur aucune loy expresse ny de Dieu ny des hommes : mais seulement sur ce raisonnement estrange. Les

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1. Cf. ce texte de Leys, supra T. V, p. 61 sq.

2. Matth. V, 17: .....non veni solvere [legem], sed adimplere. — Cf. Pensées, fr. 520, T. II, p. 416.