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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/127

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VERS DE JACQUELINE PASCAL 111

Et leur foule sans ordre etouffe ma parole.

Je ne puis concevoir tout ce que j’aperçoy

Je ne distingue rien de ce que je conçoy ;

Une idée en naissant fait que l’autre s’envole.


XIX

O mortels ! ecoutez avec un juste effroy

L’effet miraculeux d’une vertu divine,

Et jugez du pouvoir de vostre divin Roy

Par celuy que reçoit une petite Epine.

Cet œil defiguré, cet os demy pourri,

Ce mal que le feu mesme à peine auroit gueri,

Ce mal qui surpassoit tout ce qu’on en peut croire,

Par le pouvoir secret d’un saint attouchement,

Se trouve aneanti dans le mesme moment,

Sans qu’il en reste rien que la seule memoire.


XX

Qui n’a senti, Seigneur, dans cet ¹estonnement,

Cette sainte frayeur qu’²inspire ta presence?

Qui s’est pu garantir d’un secret tremblement,

Te voyant dans l’effet de ta toute-puissance?

Que s’il est vray qu’icy dans l’ombre de la foy,

Ta presence secrete imprime tant d’effroy,

Lorsque tu ne parois que pour estre propice,

Que sera-ce, Seigneur, alors qu’au dernier jour,

Couvrant de ta fureur l’exces de ton amour,

Tu ne te feras voir que pour faire justice ?

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1. G. [evenement].

2. G. [excite].