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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/114

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98 ŒUVRES

la Sainte Epine, l’adora le premier, puis la donna à baiser à tous les ministres de l’autel ; ensuite de quoy on le supplia de s’aller reposer, parce qu’il estoit plus de midy. Un des prestres la prit pour la faire baiser au peuple. Nous refermasmes la grille et chantasmes Sextes pour achever la solennité du matin, qui dura jusqu’à l’apres-disnée, où nous ne fismes que memoire des Saints Apostres saint Simon, saint Jude, ayant eu ordre de faire Vespres entieres de la Sainte Couronne.

Voilà tout ce que je scay, sinon qu’il faut ajouter que le temps estant devenu plus beau pendant la ceremonie, l’Eglise ne desemplit pas tout le matin, et qu’on vendit un si grand nombre des sentences de M. le Grand Vicaire qu’on estime qu’il y en eut pour cent francs à un sou la piece, seulement dans la cour qui est devant la porte de l’Eglise. Je n’ay ny le temps ny le pouvoir de vous dire mes sentimens sur ce sujet ; je croy que vous en jugez par les vostres. Tout ce qui regarde Dieu est ineffable, et s’apprend beaucoup mieux par l’experience que par des paroles. Prions Dieu seulement qu’il nous fasse avoir toujours presente au cœur une si grande merveille, et que le temps ne la fasse point vieillir à nostre egard, puisqu’il ne sera pas moins admirable dans dix ans d’icy, qu’un si grand mal ait esté gueri en un instant, que dans l’instant où il le fut. Il faut que je quitte par necessité, je ne vois plus goutte que pour vous dire que Madame d’Aumont 1 , qui a beaucoup de bonté pour nous tous, vous envoie le portrait de ma petite sœur Marguerite en taille-douce, ne doutant point que vous n’ayez bien envie de la voir. On luy a fait toucher la Sainte Epine.

Adieu, etc.

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1. Sur madame d’Aumont, cf. supra T. IV, p. 335.