Page:Œuvres de Blaise Pascal, IV.djvu/94

Cette page n’a pas encore été corrigée


LXXVI INTRODUCTION

de l’Église implique une autorité qui intervient pour délimiter un certain domaine et le soustraire à la discussion. N’est-ce pas, disent les adversaires de Jansénius, ce qui s’est produit dans la circonstance présente? Après les commentaires les plus divers, après les débats les plus approfondis, le sens de Jansénius a été frappé d’une condamnation solennelle. A moins d’aller jusqu’à cette extrémité que le pape était absolument inintelligent ou l’ Augustinus absolument inintelligible, il faut donc admettre que la pensée condamnée est en effet celle qui se lit dans l’ Augustinus. Aussi bien les réserves successives faites par les amis de Jansénius, les finesses de procédure qu’ils ont employées pour détourner ou pour atténuer les effets des décisions officielles, ont du moins eu ce résultat que l’autorité ecclésiastique a porté sa pensée à son plus haut degré de clarté. C’est pourquoi les Jésuites seront fondés à interpréter la signature des religieuses comme une adhésion à la condamnation de Jansénius, à moins qu’une restriction conçue en termes explicites ne vienne en limiter la portée.

L’argumentation paraît rigoureuse; c’est cette rigueur apparente qui en fait la faiblesse, jugent à leur tour Arnauld et Nicole. Il n’y a rien en réalité de plus dangereux pour la paix intérieure de l’Eglise et pour l’unité que cette ambition orgueilleuse de lever tous les voiles et de chasser toutes les équivoques. Nicole avait déjà fait remarquer à Pascal que différents Conciles, et particulièrement le Concile de Trente, n’avaient pu aboutir que par le choix d’expressions assez souples pour donner une satisfaction au moins apparente à tous les partis en cause. Chose singulière, cette méthode d’opportunité, inspirée, comme nous dirions aujourd’hui, de l’esprit pragmatiste, qui utilise l’extension d’un terme pour un but tout