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266 ŒUVRES

bien et de mal en elle. Voluntarium est, dit-on communement avec le Philosophe, (vous sçavez bien que c’est Aristote, me dit-il, en me serrant les doigts) quod fit à principio cognoscente singula, in quibus est actio : si bien que quand la volonté à la volée et sans discussion se porte à vouloir ou abhorrer, faire ou laisser quelque chose, avant que l’entendement ait pu voir s’il y a du mal à la vouloir ou à la fuïr, la faire, ou la laisser, telle action n’est ny bonne ny mauvaise, d’autant qu’avant cette perquisition cette veüe et reflexion de l’esprit dessus les qualitez bonnes ou mauvaises de la chose à laquelle l’on s’occupe, l’action avec laquelle on la fait n’est volontaire.

Et bien me dit le Pere, estes-vous content? Il semble, repartis-je, qu’Aristote est de l’avis du P. Bauny ; mais cela ne laisse pas de me surprendre. Quoy, mon Pere, il ne suffit pas pour agir volontairement, qu’on sçache ce que l’on fait, et qu’on ne le fasse que parce qu’on le veut faire? mais il faut de plus que l’on voye, que l’on sçache, et que l’on penetre ce qu’il y a de bien et de mal dans cette action? Si cela est il n’y a gueres d’actions volontaires dans la vie ; car on ne pense gueres à tout cela. Que de juremens dans le jeu, que d’excez dans les débauches, que d’emportemens dans le 1 Carnaval, qui ne sont point volontaires, et par consequent ny bons, ne mauvais, pour n’estre point accompagnez de ces re-

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1. B. [Carneval] — de l’italien carnevale; la forme se rencontre dans un texte de Mellin de saint Gelais, apud Hatzfeld et Darmesteter, Dictionnaire de la langue française.