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QUATRIÈME PROVINCIALE 263

Mais que dira-t’on de ceux qui se portent avec ardeur à des choses efïectivement mauvaises, parce qu’ils les croyent effectivement bonnes : comme l’histoire Ecclesiastique en donne des exemples : ce qui n’empesche pas, selon les Peres, qu’ils n’ayent peché dans ces occasions?

Et sans cela comment les Justes auroient-ils des pechez cachez 1 ? comment seroit-il veritable, que Dieu seul en connoist et la grandeur et le nombre 2 ? que personne ne sçait s’il est digne d’amour ou de haine 3 , et que les plus Saints doivent toujours demeurer dans la crainte et dans le tremblement, quoy qu’ils ne se sentent coupables en aucune chose, comme S. Paul le dit de luy-mesme 4 .

Concevez donc, mon Pere, que les exemples et des justes et des pecheurs renversent également cette necessité que vous supposez pour pecher, de connoistre le mal et d’aymer la vertu contraire, puisque la passion que les impies ont pour les vices, tesmoigne assez qu’ils n’ont aucun desir pour la vertu : et que l’amour que les Justes ont pour la vertu tes-

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1. Psalm. XVIII, 13: Delicta quis intelligit? ab occultis meis munda me. Ce verset est cité par Arnauld dans le Premier écrit pour defendre sa seconde Lettre.

2. Phrase théologique et ascétique courante, faite d’après le verset cité dans la note précédente, et ce texte, II Paral. VI, 30 : Tu enim solus nosti corda filiorum hominum.

3. Eccles. IX, I : et tamen nescit homo utrùm amore, an odio dignus sit.

4. Paul. Phil. II, 12 : Cum metu et tremore vestram salutem operamini. — I Cor. IV, 4 : Nihil enim mihi conscius sum ; sed non in hoc justificatus sum.