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par un coup d’authorité ce mot barbare de Sorbonne qui cause tant de divisions. Sans cela la Censure paroist asseurée, mais je voy qu’elle ne fera point d’autre mal que de rendre la Sorbonne [1]méprisable, par ce procedé qui luy ostera l’authorité [2]qui luy est [3]necessaire en d’autres rencontres.

Je vous laisse cependant dans la liberté de tenir pour le mot de prochain, ou non, car [4]j’aime trop mon prochain [5]pour le persecuter sous ce pretexte. Si ce recit ne vous déplaist pas, je continuëray de vous avertir de tout ce qui se passera. Je suis, etc.


turbarum semen, pro imperio è Sorbonâ ejiciant. Ni faciant, de Censurà non dubitatur. Vis dicam ex illâ quid net ? In contemptum adducetur Sorbona, et necessariâ in aliis causis autoritate spoliabitur, cùm in hoc tam ineptè[6] se gesserit.

Tu verò vocem, proximè, aut defende, aut abige tuo arbitratu. Carior mihi proximus, quàm ut ipsi velim tam inani specie molestus esse. Hæc tibi si non ingrata fuisse sensero, quæ consequentur itidem ad te explorata deferam. Vale.

  1. A2, [moins considérable]. — Le mot méprisable doit être pris, semble-t-il, dans le sens de négligeable comme dans ce passage de la Response de l’Université de Paris à l’Apologie pour les Jésuites, 1644, 2e édition, p. 489 : « Vous sçavez que vous estes mesprisables la plume à la main, et que vous ne vous soutenez que par la cabale. »
  2. PB. [laquelle].
  3. A2B. [si] necessaire.
  4. A2, [je vous] aime trop pour [vous] persecuter.
  5. Nicole avait déjà dans la Défense que nous avons citée dans notre introduction, plaisanté sur le pouvoir prochain : il y accuse ses adversaires de songer à « s’establir eux-mesmes dans un veritable pouvoir prochain de persecuter ceux qu’ils haïssent dont ils n’ont encore pu avoir qu’une puissance éloignée » (p. 31).
  6. Corrigé depuis en tam imprudenter.