Page:Œuvres de Blaise Pascal, IV.djvu/241

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aisé, me dit-il, c’est avoir tout ce qui est necessaire pour la faire de telle sorte qu’il ne manque rien pour agir. Et ainsi, luy dis-je, avoir le pouvoir prochain de passer une riviere, c’est avoir un bateau, des bateliers, des rames, et le reste, en sorte que rien ne manque. Fort bien, me dit-il. Et avoir le pouvoir prochain de voir, luy dis-je, c’est avoir bonne veuë, et estre en plein jour. Car qui auroit bonne veuë dans l’obscurité, n’auroit pas le pouvoir prochain de voir, selon vous, puis que la lumiere luy manqueroit, sans quoy on ne voit point[1]. Doctement, me dit-il : Et par consequent, continuay-je, quand vous dites, que tous les justes ont tousjours le pouvoir prochain d’observer les Commandemens, vous entendez qu’ils ont tousjours toute la grace necessaire pour les accomplir, en sorte qu’il ne leur manque rien de la part de Dieu. Attendez, me dit-il, ils ont tousjours tout ce qui est necessaire pour les obser-


dum necessaria, ita ut nihil desit, is habet hujus rei proximam potestatem. Ergo, inquam, tranare fluvium proximè potest, cui scapha, portitor, remus, et cætera omnia sic adsunt, ut nullâ re necessarià deficiatur. Tenes, inquit ille. Et videre, inquam, proximè potest, cui sana oculorum acies, et lumen præterèa suppetit : nam cui lux deesset, sine quâ nihil cernitur, vigerent licet oculi, non tamen haberet proximam videndi potestatem. Doctissimè, inquit. Cùm igitur divinæ legis servandæ proximam potestatem omnibus justis conceditis, id dicitis : Gratiam omnem ad hoc necessariam ipsis præsto esse, ita ut nihil desit ex parte Dei. Mane, inquit, præsto est

  1. Exemples empruntés à un écrit de Lalane et du P. Desmares, supra p. 111 sq. ; cf. aussi l’écrit attribué à Nicole, supra p. 113.