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LETTRE DE JACQUELINE PASCAL 65

necessaire. M. Singlin estoit pour lors à Port Royal des Champs pour prendre quelques remedes, de sorte que, encore qu’il eust une merveilleuse apprehension qu’on sçust qu’il eut communication avec autre qu’avec moy dans cette maison, il se resolut neanmoins de l’aller trouver sous pretexte d’aller faire un voyage aux champs pour quelque affaire, esperant qu’en changeant son nom et en laissant ses gens dans quelque village proche, dont il pretendoit venir trouver à pied M. S[inglin], il ne seroit connu que de luy et que personne ne pourroit sçavoir ces entrevues, et qu’il demeureroit en retraite en cette maniere. Je luy conseillay de ne le pas faire sans l’avis de M. Singlin, qui ne le voulut point du tout, parce qu’il n’estoit pas encore resolu de se charger de luy : si bien qu’il fut contraint d’attendre en patience son retour, parce qu’il ne vouloit rien faire contre l’ordre qu’il luy avoit donné par une lettre parfaitement belle qu’il luy escrivit, dans laquelle il me constituoit sa directrice en attendant que Dieu fist connoistre s’il vouloit que ce fust luy qui le conduisist. Enfin, M. S[inglin] estant de retour 1 , je le pressay de me decharger de ma dignité, et je fis tant que j’obtins ce que je desirois, de sorte qu’il le reçut 2 , et ils jugerent

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1. Singlin était à Port-Royal des Champs le 18 décembre 1654; il était de retour à Paris le 2 janvier suivant, comme le prouve une lettre écrite ce jour là de Port-Royal des Champs par la Mère Angélique à la Mère Marie des Anges: « Il est vray... qu’il n’y a nulle apparence que M. Singlin vienne icy en l’estat où il est. Je n’ay gueres envie non plus que les Dames qui sont ceans aillent à Paris pour luy donner la peine d’aller au Confessionnal, où il ne devroit pas entrer. Si j’estois en leur place, je me garderois bien de luy en donner la peine. En verité il faut avoir un amour propre qui fasse perdre le sens, pour vouloir donner de la peine à un tel homme en l’estat qu’il est, et pour n’avoir pas sa conservation plus à cœur que notre satisfaction ; et ce n’est pas bien entendre nos interets , puis qu’on doit bien craindre de le perdre ...»

2. L’auteur de la Vie de Singlin, 1786, p. 87, représente ainsi les


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