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52 ŒUVRES

rivez à quelque conformité avec la sagesse veritable qu’ils ont essayé de connoistre. Car, s’il est agreable d’observer dans la nature le desir qu’elle a de peindre Dieu dans tous ses ouvrages, où l’on en voit quelque caractere parce qu’ils en sont les images, combien est-il plus juste de considerer dans les productions des esprits les efforts qu’ils font pour imiter la vertu essentielle, mesme en la fuyant, et de remarquer en quoy ils y arrivent et en quoy ils s’en egarent, comme j’ay tasché de faire dans cette estude !

« Il est vray, Monsieur, que vous venez de me faire voir admirablement le peu d’utilité que les Chrestiens peuvent retirer de ces etudes philosophiques. Je ne laisseray pas, neanmoins, avec vostre permission, de vous en dire encore ma pensée, prest neanmoins de renoncer à toutes les lumieres qui ne viendront point de vous : en quoy j’auray l’avantage, ou d’avoir rencontré la verité par bonheur, ou de la recevoir de vous avec asseurance. Il me semble que la source des erreurs de ces deux sectes est de n’avoir pas sceu que l’estat de l’homme à present differe de celuy de sa creation 1 ; de sorte que l’un remarquant quelques traces de sa premiere grandeur, et ignorant sa corruption, a traité la nature comme saine et sans besoin de reparateur, ce qui le mene au comble de la superbe ; au lieu que l’autre, eprouvant la misere presente et ignorant la premiere dignité, traite la nature comme necessairement infirme et irreparable, ce qui le precipite dans le desespoir d’arriver à un veritable bien, et de là dans une extreme lacheté. Ainsi ces deux estats qu’il falloit connoistre ensemble pour voir toute la verité, estant connus separement, conduisent necessairement à l’un

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1. Cf. Pensées, fr. 430 T. II, p. 333 : « Vous n’estes pas dans l’estat de vostre vocation. »