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40 OEUVRES

« Dans cet esprit il se mocque de toutes les asseurances : par exemple, il combat ceux qui ont pensé establir dans la France un grand remede contre les procés par la multitude et par la pretendue justesse des loix : comme si l’on pouvoit couper les racines des doutes d’où naissent les procès, et qu’il y eust des digues qui pussent arrester le torrent de l’incertitude et captiver les conjectures ! C’est là que, quand il dit qu’il vaudroit autant soumettre sa cause au premier passant, qu’à des juges armez de ce nombre d’ordonnances, il ne pretend pas qu’on doive changer l’ordre de l’Estat, il n’a pas tant d’ambition ; ny que son avis soit meilleur, il n’en croit aucun de bon. C’est seulement pour prouver la vanité des opinions les plus receues ; montrant que l’exclusion de toutes loix diminueroit plustost le nombre des differens que cette multitude qui ne sert qu’à l’augmenter, parce que les difficultez croissent à mesure qu’on les pése ; que les obscuritez se multiplient par les commentaires; et que le plus seur moyen pour entendre le sens d’un discours est de ne le pas examiner et de le prendre sur la premiere apparence : si peu qu’on l’observe, toute la clarté se dissipe 1 . Aussi il juge à l’aventure de toutes les

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1. Essais, III, XIII, p. 798: « Pourtant, l’opinion de celuy-là ne me plaist guere, qui pensoit par la multitude des loix, brider l’authorité des Juges, en leur taillant leurs morceaux. Il ne sentoit point, qu’il y a autant de liberté et d’estenduë à l’interpretation des loix, qu’à leur façon... D’autant que nostre esprit ne trouve pas le champ moins spatieux à contreroller le sens d’autruy, qu’à representer le sien : Et comme s’il y avoit moins d’animosité et d’aspreté à gloser qu’à inventer. Nous voyons combien il se trompoit. Car nous avons en France, plus de loix que tout le reste du Monde ensemble... Ut olim flagitiis, sic nunc legibus laboramus : et si avons tant laissé à opiner et decider à nos Juges, qu’il ne fut jamais liberté si puissante et si licentieuse... Il y a peu de relation de nos actions, qui sont en perpetuelle mutation, avec les loix fixes et immobiles. Les plus desirables, ce sont les plus rares,