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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/96

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80 OEUVRES

que je tiens à honneur d’y estre cité en la page cinquième, j’ay esté bien aise que les Pères de votre Compagnie ne s’attachent pas tant aux anciennes opinions qu’ils n’en osent aussi proposer de nouvelles ^ . »

En recevant les Expériences nouvelles de Pascal, le P. Noël intervient comme Pierius était intervenu à Rouen, afin de démontrer, et surtout de se démontrer à lui-même, comment l’enseignement traditionnel pouvait se maintenir encore en face des faits paradoxaux que la publication de Pascal avait révélés : L’existence du vide est, de par les lois de l’ontologie, contradictoire avec soi-même ; aucune contradiction, au contraire, dans l’hypothèse d’un air épuré, matière connue dans la nature, qui entre dans le haut du tube par les pores du verre et qui prend la place du vif argent.

Pour comprendre l’accueil que Pascal devait faire à cette lettre, il suffit de se reporter aux dispositions du groupe dont Roberval était alors le centre. Rien de plus dangereux, au jugement de Pascal et de ses amis, que de subordonner l’expérience physique à la théorie métaphysique. L’erreur avait son origine dans la tradition scolastique ; les Principes de philosophie l’aggravaient en la rajeunissant. Pascal n’a pas besoin de distinguer dans la physique du P. Noël les éléments péripatéticiens et les éléments cartésiens pour faire à son correspondant un magistral exposé de la méthodologie expérimentale et du relativisme scientifique.

Les phases ultérieures de la polémique avec le P. Noël sont connues soit par les divers ouvrages du P. Noël, soit par les lettres de Biaise et d’Etienne Pascal dont nous avons conservé des copies manuscrites ; nous aurons l’occasion d’en suivre les détails. Le P. Noël y apparaît aussi accueillant aux expériences nouvelles et même aux explications nouvelles que préoccupé de maintenir la doctrine du plein, qui est à ses yeux la base de la philosophie naturelle. La

��I Ed. Adam et Tamery, t. IV, p. 584.

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