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meure uny au piston jusques à ce qu’il soit eslevé dans la syringue deux pieds trois pouces. Mais après cette hauteur, si l’on retire davantage le piston, il n’attire pas le vif argent plus haut, qui, demeurant tousjours à cette hauteur de deux pieds trois pouces, quitte le piston : de sorte qu’il se faict un espace vuide en apparence, qui devient d’autant plus grand, que l’on tire le piston davantage : Il est vray-semblable gue la mesme chose arrive dans une pompe par aspiration ; et que l’eau n’y monte que jusques à la hauteur de trente et un pieds, qui respond à celle de deux pieds trois pouces de vif argent17. Et ce qui est plus re-

17. C’est l’observation fondamentale qui avait attiré l’attention de Galilée. Voici la page célèbre où l’un des interlocuteurs du Dialogue, Sagredo, rapporte cette observation : « On avait fait fabriquer une pompe aspirante pour tirer de l’eau d’une citerne avec moins de fatigue que par le moyen des seaux dont on se servait ordinairement. Tant que l’eau était à une certaine hauteur, elle était tirée en abondance, mais quand l’eau descendait à un certain niveau, la pompe ne travaillait plus. « Je crus d’abord — dit un des personnages du dialogue de Galilée en rapportant ce fait — que le piston était endommagé et j’invitai le maître fontainier à le racommoder. Celui-ci me dit que le piston n’était nullement endommagé, mais que l’eau était descendue trop bas pour pouvoir être élevée à cette hauteur : il ajouta qu’il n’était pas possible, ni avec les pompes, ni avec les autres machines qui font monter l’eau par attraction, de la faire monter un cheveu plus haut que 18 brasses, que les pompes soient larges ou étroites, parce que c’est la mesure de la plus grande hauteur. — Et moi qui sais qu’une corde, une masse de bois, une verge de fer peut s’allonger tant et tant qu’à la fin elle se brise par son propre poids, j’ai été jusqu’ici assez peu avisé pour n’avoir pas pensé qu’il en serait de même, à plus forte raison, d’une corde ou verge d’eau ! — Qu’est-ce qui est attiré dans la pompe, si ce n’est un cylindre d’eau qui, attaché par en haut et de plus en plus allongé, arrive enfin à une limite au delà de laquelle, tiré par son propre poids devenu excessif, il se casse tout comme s’il était une corde ? Il en arriverait de même, à mon avis, pour d’au-