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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/521

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CORRESPONDANCE DE PASCAL ET DE M. DE RIBEYRE mi

les personnes qui font profession de lettres, ce n'est pas un moindre crime de s'attribuer une invention étrangère qu'en la Société Civile d'usurper les pos- sessions d'autruy ; et qu'encore que personne ne soit obligé d'estre sçavant non plu» que d'estre riche, personne n'est dispensé d'estre sincère : de sorte que le reproche de l'ignorance, n'a rien d'injurieux que pour celuy qui le profère ; maisceluy de larcin est de telle nature, qu'un homme d'honneur ne doit point souffrir de s'en voir accuser, sans s'exposer au péril que son silence tienne lieu de conviction. Ainsy, estant très ponctuellement averty comme j'estois, non seulement des paroles, mais encore des gestes et de toutes les circonstances de cet acte, jugez. Monsieur, si je pouvois m'en taire à mon honneur ; et, puis que cet acte avoit esté public, si je ne devois pas repous- ser cette injure de la mesme manière.

Je vous avoue, monsieur, que dans le ressentiment où j'estois lors, je n'eus aucune pensée que vous auriez la bonté de désirer que cette affaire fut as- soupie : de sorte que, laissant agir mon génie, et con- sidérant d'ailleurs que ma lettre perdroit sa grâce et sa force en différant de la publier, je priay M"" Pe- rier, avec grande instance et grande précision, d'en haster l'impression ; et je fortifiay mesme ma prière par celle que je fis à mon père d'y joindre la sienne. Mais je puis vous protester véritablement. Mon- sieur, que si j'eusse preveu ce que votre lettre m'a appris, j'eusse agi d'une autre sorte, et que j'aurois donné avec joye mon interest à vostre satisfaction.

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