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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/286

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^70 ŒUVRES

Mais ne voyez vous pas que le crime et la cruauté d'une mère qui tourmente sans cesse, et faict enfin mourir les plus parfaicts de ses enfans, est une image qui exprime et représente naïfvement, quoy que par métaphore, l'action de la nature en sa misère perpétuelle, et en la mort mesme qu'elle cause à tous les hommes, qui sont les plus accom- plis de ses ouvrages ? En un mot, mon père, la métaphore n'est autre chose qu'un abrégé de similitude ou compa- raison , et la plus universelle règle de la métaphore est qu'elle ne peut estre vallable, si elle ne peut, par le chan- gement de phrase, estre convertie en comparaison. Con- sidérons en suite vostre métaphore, et jugez, s'il vousplaist, vous mesme que ce terme métaphorique de crime que vous avez pris pour fondement, n'a aucun rapport à l'ad- mission du vuide, n'est point crime, ny réellement, ny métaphoriquement, parce que l'admission du vuide n'a aucun rapport avec le crime qui luy peut estre raisonna- blement comparé. De là il s'ensuit deux notables incon- venientz, qui font remarquer que vostre métaphore a cela de commun avec votre antithèse, qu'elle ne peut passer que dans l'Eschole, et non pas dans le monde.

Le premier inconvénient est, que ce mesme terme mé- taphorique de crime que vous avez improprement adapté à l'admission du vuide, peut estre esgallement adapté au subject directement contraire, c'est à dire à l'admission de la plénitude.

Le second est, comme vous avez adapté le terme de crime à l'admission du vuide, on peut également adapter le terme de justice ou de vertu directement contraire à celui de crime, au mesme subject de l'admission du vuide; tellement qu'il seroit aussy bien qu'à vous permis à qui- conque voudroit se jouer comme vous, et tourner en rail- lerie vostre allégorie, de tenir le vuide pour une eminente

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