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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/266

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250 ŒUVRES

biens que nous avons perdus, et de nous environner dans la captivité mesme oii sa justice nous a réduits, de tant d'objets qui nous servent d'une leçon conti- nuellement présente.

De sorte que nous devons nous considérer comme des criminels dans une prison toute remplie des ima- ges de leur libérateur et des instructions nécessaires pour sortir de la servitude ; mais il faut advouër qu'on ne peut apercevoir ces saints caractères sans une lu- mière surnaturelle ; car comme toutes choses parlent de Dieu à ceux qui le connoissent, et qu'elles le des- couvrent à tous ceux qui l'aiment, ces mesmes choses le cachent à tous ceux qui ne le connoissent pas\ Aussy l'on voit que dans les ténèbres du monde on les suit par un aveuglement brutal, que l'on s'y atta- che et qu'on en fait la dernière fin de ses désirs, ce qu'on ne peut faire sans sacrilège, car il n'y a que Dieu qui doive estre la dernière fin comme luy seul estlevray principe ^ Car, quelque ressemblance que la nature créée ait avec son Créateur, et encore que les moindres choses et les plus petites et les plus viles

��1. Cf. le fragment de Pascal conservé dans la Copie (ms. 9208 f. fr. de la Bibliothèque Nationale) : « D est donc vray que tout in- struit l'homme de sa condition, mais il le faut bien entendre : car il n'est pas vray que tout découvre Dieu, et il n'est pas vray que tout cache Dieu. Mais il est vray tout ensemble qu'il se cache à ceux qui le tentent, et qu'il se découvre à ceux qui le cherchent » (Sect. VIIT,

jr. 557).

2. Cf. le fragment de Pascal conservé dans le 2^ Recueil Guerrier: « Mais il est impossible que Dieu soit jamais la fin, s'il n'est le prin- cipe. On dirige sa vue en haut, mais on s'appuye sur le sable : et la terre fondra, et on tombera en regardant le ciel » (Section VU, jr. 488).

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