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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/211

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LETTRE DE PASCAL A M. LE PAILLEUR 195

l'une, ce qui a des parties les unes hors les autres ; car on l'appellera corps, suivant le P. Noël ; l'autre, une substance matérielle, mobile et impénétrable ; car on l'appellera corps dans l'ordinaire. Mais il ne pourra pas conclure de cette ressemblance de noms, une ressemblance de proprietez entre ces choses, ny monstrer, par ce moyen, que ce qui a des parties les unes hors les autres, soit lamesme chose qu'une sub- stance matérielle, immobile, impénétrable, parce qu'il n'est pas en son pouvoir de les faire convenir de nature aussy bien que de nom* . Comme s'ilavoit donné à ce qui a des parties les unes hors les autres, le nom à' eau, d'esprit, de lumière, comme il auroit pu faire aussi aysement que celuy de corps, il n'en auroit pu conclure que notre espace lûst aucune de ces choses : ainsy quand il a nommé coî'ps ce qui a des parties les unes hors les autres, et qu'il dit en conséquence de cette définition, je dis que tout espace est corps, on doit prendre le mot de corps dans le sens qu'il vient de luy donner : de sorte que, si nous substituons la définition à la place du défini, ce qui se peut tous- jours faire sans altérer le sens d'une proposition, il se trouvera que cette conclusion, que tout espace est corps, n'est autre chose que celle cy : que tout espace a des parties les unes hors les autres ; mais non pas que tout espace est matériel, comme le P. Noël s'est figuré. Je ne m'arresteray pas davantage sur une conséquence dont la foiblesse est si evi-

I . La dernière ligne se retrouvera textuellement dans les Réflexions, sur l'Esprit géométrique (^Pensées et opuscules, [\^ édit., p. 170),

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