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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/207

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LETTRE DE PASCAL A M. LE PAILLEUR 194

trompé est que, quand on a porté le tuyau d'un lieu à un autre, il n'a vu aucun changement au dedans ; c'est pour quoy il a pensé que cet espace estoit tou- jours le mesme parce qu'il estoit toujours pareil à luy mesme. Mais il devoit remarquer que l'espace que le tuyau enferme dans une situation, n'est pas le mesme que celuy qu'il comprend dans la seconde ; et que dan s la succession de son mouvement, il acquiert conti- nuellement de nouveaux espaces : si bien que celuy qui estoit vuide dans la première des ses positions devient plein d'air, quand il en part pour prendre la seconde, dans laquelle il rend vuide l'espace qu'il rencontre, au lieu qu'il estoit plein d'air auparavant; mais l'un et l'autre de ces espaces alternativement pleins et vuides demeurent tousjours esgalement im- mobilles. D'où il est évident qu'il est hors de propos de croire que l'espace vuide change de lieu ; et ce qui est le plus estrange est que la matière dont le père le remplit est telle, que, suivant son hypothèse mesme, elle ne sauroit se transporter avec le tuyau: car comme elle entreroit et sortiroit par les pores du verre avec une facilité toute entière * , sans luy adhérer en aucune sorte, comme l'eau dans un vaisseau percé de toutes parts, il est visible qu'elle ne se porteroit pas avec luy, comme nous voions que ce mesme tuyau ne transporte pas la lumière, parce qu'elle le perce sans peine et sans engagements, et que nostre

��I. Vide infra, p. 298, la lettre de Mersenne à Christiaan Huygens- du a mai i648.

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