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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/149

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PRÉFACE SUR LE TRAITÉ DU VIDE

joints ensemble doivent avoir plus d’effect que chacun en particulier.

L’esclaircissement de cette difference doit nous faire plaindre l’aveuglement de ceux qui apportent la seule authorité pour preuve dans les matieres physiques, au lieu du raisonnement ou des experiences ; et nous donner de l’horreur pour la malice des autres, qui emploient le raisonnement seul dans la theologie au lieu de l’authorité de l’Escriture et des Pères[1]. Il faut relever le courage de ces timides qui n’osent rien inventer en physique, et confondre l’insolence de ces temeraires qui produisent des nouveautés en theologie. Cependant le malheur du siecle est tel, qu’on veoit beaucoup d’opinions nouvelles en theologie, incogneuës à toute l’antiquité, soustenuës avec obstination et receuës avec applaudissement ; au lieu que celles qu’on produit dans la physique, quoy qu’en petit nombre, semblent devoir estre convaincues de fausseté dés qu’elles choquent tant soit peu les opinions receuës : comme si le respect qu’on a pour les anciens philosophes estoit de debvoir, et que celui que l’on porte aux plus anciens des Peres estoit seulement de bienseance ! Je laisse aux personnes judicieuses à remarquer l’importance de cet abus qui pervertit l’ordre des sciences avec tant d’injustice ; et je crois qu’il y en aura peu qui

  1. On peut préciser, à l’aide des documents que nous avons reproduits : plaindre l’aveuglement du P. Noël, et avoir de l’horreur pour la malice du frère Saint-Ange, les deux adversaires de Pascal au cours de l’année 1647.