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SECONDE LETTRE DU P. NOËL A PASCAL 123

solaires qui surviennent sans cesse, comme les vitaux dans toutes les parties du corps, sort avec impétuosité sy tost que vous ostez le doigt, et l'eau entre par la mesme ouverture, tirée par celuy qui reste, et par ce mouve- ment de Tair et de Teau se faict le meslange comme auparavant.

L'expérience de la corde s'entend assez bien, si nous disons qu'à mesure qu'elle sort du tuyau, l'eau prend sa place, et n'ayant point d'autre corps contigu plus mobile que le vif argent, elle le faict monter jusques à la hauteur nécessaire à l'équilibre de celuy qui est dans le tube avec celuy qui est dans la cuvette.

Vous voyez, Monsieur, que toutes vos expériences ne sont point contrariées par cette hypothèse, qu'un corps entre dans le verre, et peuvent s'expliquer aussy proba- blement par le plain que par le vuide, par l'entrée d'un corps subtil que nous connoissons, que par une espace qui n'est ny Dieu, ny créature, ni corps, ny esprit, ny substance, ny accident, qui transmet la lumière sans estre transparant, qui résiste sans résistance, qui est im- mobile et se transporte avec le tube, qui est par tout et nulle part, qui faict tout et ne faict rien : ce sont les admirables qualités de l'espace vuide en tant qu'espace : il est et faict merveille en tant que vuide ; il n'est et ne faict rien en tant qu'espace ; il est long, large et profond, en tant que vuide ; il exclud la longueur, la largeur et la profondeur en tant qu'espace : s'il est besoin, je mon- treray toutes ces belles proprietez et conséquences.

Sur la fin de vostre lettre, vous accusez d'obscurité ma' desfinition de la lumière. Permettez moy que je l'explique en deux mots. Par un corps lucide, que je distingue du lumineux, en tant que le corps lumineux est ce que nous veoyons, et le corps lucide ne se veoid pas, mais il

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