Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/126

Cette page n’a pas encore été corrigée


110 ŒUVRES

��une preuve qui me (îestrompe ; et la pluspart de ceux qui cherchent la vérité curieusement, ont jusques à présent creu fonder sur plusieurs expériences et bonnes raisons que dans le monde un espace vuide est naturellement impossible. Cet espace et l'air seroient de natures bien différentes, celuy cy estant mobile et impénétrable, et celuy là im- mobile et penetrable ; et neantmoins on ne sçauroit con- noistre aucune différence entre la lumière qu'on dit passer par le vuide seul, et celle qui passeroit par le vuide et l'air joints ensemble : si le vuide suffit, c'est en vain que la nature y employé l'air. Voyez, Monsieur, lequel de nous deux est plus croyable, ou vous qui affirmez un espace qui ne tombe point soubz les sens, et qui ne sert, ny à l'art, ny à la nature, et ne l'employez que pour décider une question fort douteuse ; ou moy qui le nye pour ne l'a- voir jamais senty, pour le cognoistre inutile et impossible, Dar ce raisonnement, que cet espace ne seroit pas corps matériel, et le seroit, ayant l'essence et les propriétés d«u corps matériel. Mais ce vuide ne seroit il point l'intervalle de ces anciens philosophes qu'Aristote a tasché de réfuter \ ou bien l'espace immaginaire de quelques modernes^, ou bien l'immensité de Dieu qu'on ne peut nier, puisque

��1. Cf. Physica; liv. IV, chap. 6: Ot B'avOpto-oi (BouXoviai Asysiv y.cvôv e"iv«t ôià(JTT)[jLa èv o> UTjBfv scîTt aw;j.a a'aOrjTo'v » 2i3 a 37.

2. Dans un manuel de Physique, comme celui de G. F. d'Abra de Raconis (5^ édit.. i633), on trouve une réserve à l'égard de cet espace imaginaire: « Notandum est,., aliud autem prœterea vacuum cancedendum esse, nimirum spatium illud inane et imaginarium quod su pra cœlos mente cogitamus, in quo nec uUa realis superficies, nec corpus in ea contentum reperitur », p. 255. On sait le parti que Descaries a tiré de cette notion scolastique des espaces imAg^inaives (Lettre à Mer- senne du 18 décembre 162g, t, I, 86), pour mettre sa doctrine phy- sique à l'abri de toute objection théologique (Discours de l» Méthode, Y^ partie).

�� �