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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/93

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BLAISE PASCAL

Lettre de Madame Perier à Monsieur de la Tartière, Seigneur de la Serve.

« Vous estes si obligeant, Monsieur, qu’on a recours à vous dans toutes les occasions. En voici une qui me touche sensiblement, et où je vous demande tres humblement votre secours. M. Audigier a eu la pensée de faire imprimer un petit memoire que j’ay fait, il y a vingt ans, de quelques particularitez de la vie de mon frere, et d’y joindre une Preface où il veut inserer des choses tres fausses et qui sont contre l’honneur de mon frere. Ce sont des calomnies qui courent depuis longtemps et dont sans doute vous avez ouy parler. Vous jugez bien, Monsieur, que je ne le puis pas souffrir ; ainsy je serois obligée d’agir contre luy par toutes les voyes possibles pour l’empescher. C’est une personne pour laquelle j’ay tousjours eu beaucoup de consideration et un attachement particulier pour toute sa famille. J’aurois un tres grand deplaisir d’en venir là ; c’est pour quoy. Monsieur, je prends la liberté de m’adresser à vous pour vous supplier instamment d’aller au devant d’une chose qui auroit des suites fascheuses. J’ay un privilege que je ferois assurement bien valoir. Je cognois votre prudence ; aussy j’attends tout de vous. Vous rendrez service par là à M. Audigier et vous acquerrerez sur moy une obligation tres estroite ; je la joindray à tant d’autres dont je vous suis redevable. J’attends la fin de mes affaires pour vous en tesmoigner tout à la fois mes ressentiments et une tres humble recognoissance ; mais ce ne sont que des paroles que je vous supplie de regarder comme tres sinceres, et de me faire la grace de croire qu’on ne peut pas estre plus parfaitement et avec plus de respect que je suis.

Monsieur,
vostre, etc.
G. Pascal.

Avec votre permission, j’assureray icy Mademoiselle votre sœur de mon tres humble service (Copié sur l’original).