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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/209

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JACQUELINE PASCAL

que ma sœur y allast aussy ; ce retour fut au mois de novembre de l’année 1650. Elle estoit logée assez commodement, ayant en son particulier une chambre et un cabinet. Mon pere luy donnoit aussi toute la liberté qu’elle pouvoit souhaiter pour ses exercices de pieté, de sorte qu’elle les pratiquoit exactement. Mais elle estoit toujours genée pour sa communication avec Port Royal, qu’elle ne pouvoit avoir qu’en secret. Cela ne l’empeschoit pas pourtant de les voir quelquefois, et d’en avoir souvent des nouvelles, de sorte qu’on lui envoyoit regulierement ses billets tous les mois, et ceux des mystères dans le[1] tems qu’on les tire. La mere Agnes luy envoya à la fete de l’Ascension de l’année 1651 son billet qui estoit le mystere de la mort de Notre-Seigneur. Elle medita ce mystere avec tant de soin, que Dieu luy donna des pensées admirables sur ce sujet, qu’elle mit par escrit. Je les ay eues par la faveur de M. de Rebours[2] qui me les donna, mais avec tant de secret que ma sœur n’a jamais sceu que je les eusse seulement vues. Je ne sçaurois rien dire de particulier des actions de cette année, parce que je n’estois pas à Paris ; mais j’ai sceu par mon frere que c’estoit la mesme sorte de vie que lorsqu’elle estoit à Clermont.

Au mois de septembre de l’année 1651, mon pere estant tombé malade de la maladie dont il mourut, elle s’appliqua à luy rendre service avec tout le soin imaginable, jour et nuit. On peut dire qu’elle ne faisoit autre chose : car lorsqu’elle voyoit qu’elle n’estoit pas si neces-

  1. Faugère donne sens, qui paraît une faute de copie ou de lecture.
  2. Sur M. de Rebours, voir t. II, p. 173. L’écrit de Jacqueline Pascal est publié t. II, p. 452 sqq.