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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/133

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BLAISE PASCAL

de pesché et pleine de misere, nous met dans la liberté d’aller avec Jesus Christ voir Dieu face à face, et l’adorer, benir et aymer eternellement sans reserve.

C’estoit sur ces mesmes principes qu’il avoit tant d’amour pour la penitence ; car il disoit qu’il falloit punir un corps pescheur, et le punir sans reserve par une penitence continuelle, parce que sans cela il estoit rebelle à l’esprit et contredisant tous les sentiments de salut ; mais comme nous n’avons pas ce courage de nous punir nous mesmes, nous devions nous estimer bien obligez à Dieu, quand il luy plaisoit de le faire, c’est pourquoy il le benissoit sans cesse des souffrances qu’il luy avoit envoyées, qu’il regardoit comme un feu qui brûloit petit à petit ses pechez par un sacrifice quotidien et se preparer ainsi en attendant qu’il plust à Dieu de lui envoyer la mort qui consommast le parfait sacrifice.

Il avoit tousjours eu un si grand amour pour la pauvreté qu’elle luy estoit continuellement presente ; de sorte que, des qu’il vouloit entreprendre quelque chose, ou que quelqu’un luy demandoit conseil, la premiere pensée qui luy montoit du cœur à l’esprit, estoit de voir si la pauvreté pouvoit y estre pratiquée ; mais l’amour de cette vertu s’augmenta si fort à la fin de sa vie que je ne pouvois le satisfaire davantage que de l’en entretenir, et d’escouter ce qu’il estoit tousjours prest de nous en dire.

Il n’a jamais refusé l’aumosne à personne, quoy qu’il eust peu de bien, et que la depense qu’il estoit obligé de faire à cause de ses infirmitez, excedast son revenu. Il ne la fit jamais que de son necessaire. Mais lorsqu’on vouloit le luy representer, particulierement lorsqu’il faisoit quelque aumosne considerable il en avoit de la peine, et nous disoit : « J’ay remarqué une chose, que quelque pauvre que l’on soit on laisse tousjours quelque chose en mou-