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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/127

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BLAISE PASCAL

doute la plus capable de faire impression sur le cœur des hommes.

Un des principaux points de l’eloquence qu’il s’estoit fait estoit non seulement de ne rien dire que l’on n’entendist pas, mais aussi de dire des choses où il se trouvast que ceux à qui nous parlions fussent interessez, parce qu’il estoit assuré que pour lors l’amour propre mesme ne manqueroit jamais de nous y faire faire reflection, et de plus la part que nous pouvons prendre aux choses estant de deux sortes (car ou elles nous affligent, ou elles nous consolent) il croyoit qu’il ne falloit jamais affliger qu’on ne consolast ; et que bien menager tout, cela estoit le secret de l’eloquence. Ainsy, dans les preuves qu’il devoit donner de Dieu et de la Religion chrestienne, il ne vouloit rien dire qui ne fust à la portée de tous ceux pour lesquels elles estoient destinées, et où l’homme ne se trouvast interessé de prendre part, ou en sentant en luy mesme toutes les choses qu’on luy faisoit remarquer, soit bonnes ou mauvaises, ou en voiant clairement qu’il ne pouvoit prendre un meilleur parti ny plus raisonnable, que de croire qu’il y a un Dieu dont nous pouvons jouïr, et un Mediateur qui, estant venu pour nous en meriter la grace, commence à nous rendre heureux, des cette vie, par les vertus qu’il nous inspire, beaucoup plus qu’on ne le sçauroit estre par tout ce que le monde nous promet, et nous donne asseurance que nous le serons parfaitement dans le ciel, si nous le meritons par les voyes qu’il nous a presentées et dont il nous a donné luy mesme l’exemple.

Mais, quoiqu’il fust persuadé que tout ce qu’il avoit ainsy à dire sur la Religion auroit esté tres clair et tres convaincant, il ne croyoit pourtant pas qu’il le dust estre à ceux qui estoient dans l’indifference, et qui, ne trouvant pas en eux mesmes des lumieres qui les persuadassent, negli-