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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/124

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BIOGRAPHIES

gnoient d’estre trompez. Il disoit aussi que ces sortes de preuves ne nous peuvent conduire qu’à une connaissance speculative de Dieu ; et que connoistre Dieu de cette sorte, estoit ne le connoistre pas. Il ne devoit pas non plus se servir des raisonnements ordinaires que l’on prend des ouvrages de la nature ; il les respectoit pourtant, parce qu’ils estoient consacrez par l’Escriture sainte et conformes à la raison, mais il croyoit qu’ils n’estoient pas assez proportionnez à l’esprit et à la disposition du cœur de ceux qu’il a voit dessein de convaincre. Il avoit remarqué par experience que bien loin qu’on les emportast par ce moyen rien n’estoit plus capable au contraire de les rebuter et de leur oster l’esperance de trouver la verité, que de pretendre les convaincre ainsi seulement par ces sortes de raisonnements contre lesquels ils se sont si souvent[1] [roidis] que l’endurcissement de leur cœur les a rendus sourds à cette voix de la nature ; et qu’enfin ils estoient dans un aveuglement dont ils ne pouvoient sortir que par Jesus-Christ, hors duquel toute communication avec Dieu nous est ostée, parce qu’il est escrit : que personne ne connoist le Pere que le Fils et celui à qui il plaist au Fils de le reveler.

La Divinité des chrétiens ne consiste pas seulement en un Dieu simplement auteur des veritez geometriques et de l’ordre des elements ; c’est la part des payens. Elle ne consiste pas en un Dieu qui exerce sa providence sur la vie et sur les biens des hommes, pour donner une heureuse suitte d’années ; c’est la part des Juifs. Mais le Dieu d’Abraham et de lacob, le Dieu des chrestiens est un

  1. Reduits dans F., par une erreur évidente, que Besoigne avait corrigée.