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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/123

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BLAISE PASCAL

Je vous renvoye donc à cet ouvrage, et j’ajoûte seulement ce qu’il est important de rapporter icy que toutes les differentes reflections que mon frere fit sur les miracles lui donnerent beacoup de nouvelles lumieres sur la religion. Comme toutes les veritez sont tirées les unes des autres, c’estoit assez qu’il fust appliquée à une, les autres luy venaient comme à la foule, et se demesloient à son esprit d’une maniere qui l’enlevoit luy mesme, à ce qu’il nous a dit souvent. Et ce fut à cette occasion qu’il se sentit tellement animé contre les athées, que, voyant dans les lumieres que Dieu lui avoit données de quoy les convaincre et les confondre sans ressource, il s’appliqua à cet ouvrage, dont les parties qu’on a ramassées nous font avoir tant de regrets qu’il n’ait pas pu les rassembler luy mesme, et, avec tout ce qu’il y auroit pu ajoûter encore, en faire un composé d’une beauté achevée. Il en estoit assurement tres capable ; mais Dieu, qui lui avoit donné tout l’esprit necessaire pour un si grand dessein ne luy donna pas assez de santé pour le mettre ainsy dans sa perfection.

Il pretendoit faire voir que la Religion chrestienne avoit autant de marques de certitude que les choses qui sont reçues dans le monde pour les plus indubitables. Il ne se servoit point pour cela de preuves metaphisiques : ce n’est pas qu’il crut qu’elles fussent mesprisables quand elles estoient bien mises dans leur jour ; mais il disoit qu’elles estoient trop esloignées du raisonnement ordinaire des hommes ; que tout le monde n’en estoit pas capable, et qu’à ceux qui l’estoient elles ne servoient qu’un moment, car une heure après ils ne sçavoient qu’en dire et ils crai-

    publié en 1672, avec le Discours sur les pensées de Pascal, sous le nom de du Bois de la Cour.