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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/112

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BIOGRAPHIES

marquant en toutes choses les avantages du Christianisme, il disoit souvent qu’autres fois ses incommoditez le destournoient de ses estudes, et qu’il en avoit de la peine : mais qu’un chrestien trouvoit son compte à tout, et aux souffrances encore plus particulierement ; parce qu’on[1] y connoissoit Jesus Christ crucifié qui doit estre toute la science du chrestien et l’unique gloire de sa vie.

La continuation de ces remedes, avec d’autres qu’on luy fit pratiquer, luy apporta quelque soulagement, mais non pas une santé parfaitte ; de sorte que les medecins crurent que pour se restablir entierement il falloit qu’il dut renoncer à toute occupation d’esprit qui eust quelque suite, et qu’il cherchast autant qu’il pourroit les occasions de se divertir à quelque chose qui l’appliquast et qui luy fust agreable ; c’est à dire en un mot aux conversations ordinaires du monde ; car il n’y avoit point d’autres divertissements convenables à mon frere, mais quel moyen à un homme touché comme luy de pouvoir s’y resoudre ! en effet il y eut beaucoup de peine d’abord ; mais on le pressa tant de toutes parts qu’il se laissa enfin aller à la raison specieuse de remettre sa santé ; on luy persuada que c’est un depost dont Dieu veut que nous ayons soin.

Ce fut le temps de sa vie le plus mal employé ; car, quoy que par la misericorde de Dieu il s’y soit preservé des vices, enfin, c’estoit tousjours l’air du monde, qui est bien different de celuy de l’Evangile. Dieu qui demandoit de luy une plus grande perfection ne voulut pas l’y laisser plus long temps, et se servit pour cela de ma sœur pour le retirer, comme il s’estoit servi autres fois de mon frere pour retirer ma sœur des engagements où elle estoit dans le monde.

  1. n’y dans le manuscrit F.