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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/84

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choix d’Aurélie, en lui offrant une donation de soixante mille francs de rentes.

— C’est des giries tout cela, dit-elle. Cela ne vous empêchera pas de vous raccommoder avec votre femme, et vous ferez bien.

Arthur et Aurélie se quittèrent sur ce dialogue formidable, lui pour aller jouer et dîner au club, elle pour s’habiller et passer la soirée en tête-à-tête avec Fabien.

Monsieur de Rochefide trouva Maxime au club, et se plaignit, en homme qui sentait arracher de son cœur une félicité dont les racines y tenaient à toutes les fibres. Maxime écouta les doléances du marquis comme les gens polis savent écouter, en pensant à autre chose.

— Je suis homme de bon conseil en ces sortes de matières, mon cher, lui répondit-il. Eh bien, tu fais fausse route en laissant voir à Aurélie combien elle t’est chère. Laisse-moi te présenter à madame Antonia. C’est un cœur à louer. Tu verras la Schontz devenir bien petit garçon… elle a trente-sept ans, ta Schontz, et madame Antonia n’a pas plus de vingt-six ans ! et quelle femme ! elle n’a pas l’esprit que dans la tête, elle !… C’est d’ailleurs mon élève. Si madame Schontz reste sur les ergots de sa fierté, sais-tu ce que cela voudra dire ?…

— Ma foi, non.

— Qu’elle veut peut-être se marier, et alors rien ne pourra l’empêcher de te quitter. Après six ans de bail, elle en a bien le droit, cette femme… Mais, si tu voulais m’écouter, il y a mieux à faire. Ta femme aujourd’hui vaut mille fois mieux que toutes les Schontz et toutes les Antonia du quartier Saint-Georges. C’est une conquête difficile ; mais elle n’est pas impossible, et maintenant elle te rendrait heureux comme un Orgon ! Dans tous les cas, il faut, si tu ne veux pas avoir l’air d’un niais, venir ce soir souper chez Antonia.

— Non, j’aime trop Aurélie, je ne veux pas qu’elle ait la moindre chose à me reprocher.

— Ah ! mon cher, quelle existence tu te prépares !… s’écria Maxime.

— Il est onze heures, elle doit être revenue de l’Ambigu, dit Rochefide en sortant.

Et il cria rageusement à son cocher d’aller à fond de train rue de La Bruyère.

Madame Schontz avait donné des instructions précises, et mon-