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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/83

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— J’ai cet homme en horreur, dit Fabien, je voudrais ne plus le voir.

— Je ne le recevrai plus, répondit la courtisane d’un petit air prude. Maintenant que nous sommes d’accord, mon Fabien, va-t’en, il est une heure.

Cette petite scène donna naissance, dans le ménage d’Aurélie et d’Arthur, jusqu’alors si complétement heureux, à la phase de la guerre domestique déterminée au sein de tous les foyers par un intérêt secret chez un des conjoints. Le lendemain même Arthur s’éveilla seul, et trouva madame Schontz froide comme ces sortes de femmes savent se faire froides.

— Que s’est-il donc passé cette nuit ? demanda-t-il en déjeunant et regardant Aurélie.

— C’est comme ça, dit-elle, à Paris. On s’est endormi par un temps humide, le lendemain les pavés sont secs et tout est si bien gelé qu’il y a de la poussière ; voulez-vous une brosse ?…

— Mais qu’as-tu, ma chère petite ?

— Allez trouver votre grande bringue de femme…

— Ma femme ?… s’écria le pauvre marquis.

— N’ai-je pas deviné pourquoi vous m’avez amené Maxime ?… Vous voulez vous réconcilier avec madame de Rochefide qui peut-être a besoin de vous pour un moutard indiscret… Et moi, que vous dites si fine, je vous conseillais de lui rendre sa fortune !… Oh ! je conçois votre plan ! au bout de cinq ans, monsieur est las de moi. Je suis bien en chair, Béatrix est bien en os, ça vous changera. Vous n’êtes pas le premier à qui je connais le goût des squelettes. Votre Béatrix se met bien d’ailleurs et vous êtes de ces hommes qui aiment des porte-manteaux. Puis, vous voulez faire renvoyer monsieur du Guénic. C’est un triomphe !… Ça vous posera bien. Parlera-t-on de cela, vous allez être un héros !

Madame Schontz n’avait pas arrêté le cours de ses railleries à deux heures après midi, malgré les protestations d’Arthur. Elle se dit invitée à dîner. Elle engagea son infidèle à se passer d’elle aux Italiens, elle allait voir une première représentation à l’Ambigu-Comique et y faire connaissance avec une femme charmante, madame de La Baudraye, une maîtresse à Lousteau. Arthur proposa, pour preuve de son attachement éternel à sa petite Aurélie et de son aversion pour sa femme, de partir le lendemain même pour l’Italie et d’y aller vivre maritalement à Rome, à Naples, à Florence, au