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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/75

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— Je commencerai par vous prêter vingt mille francs, répondit Maxime en continuant.

— Vingt mille francs ?… Je savais bien qu’à force de me promener sur ce boulevard… dit La Palférine en façon de parenthèse.

— Mon cher, il faut vous mettre sur un certain pied, dit Maxime en souriant, ne restez pas sur vos deux pieds, ayez-en six ; faites comme moi, je ne suis jamais descendu de mon tilbury…

— Mais alors vous allez me demander des choses par-dessus mes forces !

— Non, il s’agit de vous faire aimer d’une femme, en quinze jours.

— Est-ce une fille ?

— Pourquoi ?

— Ce serait impossible ; mais s’il s’agissait d’une femme très comme il faut, et de beaucoup d’esprit…

— C’est une très illustre marquise !

— Vous voulez avoir de ses lettres ?… dit le jeune comte.

— Ah !… tu me vas au cœur, s’écria Maxime. Non, il ne s’agit pas de cela.

— Il faut donc l’aimer ?

— Oui, dans le sens réel…

— Si je dois sortir de l’esthétique, c’est tout à fait impossible, dit La Palférine. J’ai, voyez-vous, à l’endroit des femmes, une certaine probité, nous pouvons les rouer, mais non les…

— Ah ! l’on ne m’a donc pas trompé, s’écria Maxime. Crois-tu donc que je sois homme à proposer de petites infamies de deux sous ?… Non, il faut aller, il faut éblouir, il faut vaincre. Mon compère, je te donne vingt mille francs ce soir et dix jours pour triompher. À ce soir, chez madame Schontz !

— J’y dîne.

— Bien, reprit Maxime. Plus tard, quand vous aurez besoin de moi, monsieur le comte, vous me trouverez, ajouta-t-il d’un ton de roi qui s’engage au lieu de promettre.

— Cette pauvre femme vous a donc fait bien du mal ? demanda La Palférine.

— N’essaye pas de jeter la sonde dans mes eaux, mon petit, et laisse-moi te dire qu’en cas de succès tu te trouveras de si puissantes protections que tu pourras, comme moi, te retirer dans un beau mariage, quand tu t’ennuieras de ta vie de Bohême.