Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/67

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


magnificences par une serre qu’il établit le long d’un mur à l’exposition du midi, non qu’il aimât les fleurs, mais il voulut attaquer l’opinion publique par l’horticulture. En ce moment, il atteignait presque à son but. Devenu vice-président d’une société jardinière quelconque présidée par le duc de Vissembourg, frère du prince de Chiavari, le fils cadet du feu maréchal Vernon, il avait orné du ruban de la Légion-d’Honneur son habit de vice-président, après une exposition de produits dont le discours d’ouverture acheté cinq cents francs à Lousteau fut hardiment prononcé comme de son cru. Il fut remarqué pour une fleur que lui avait donnée le vieux Blondet d’Alençon, père d’Émile Blondet, et qu’il présenta comme obtenue dans sa serre. Ce succès n’était rien. L’Héritier, qui voulait être accepté comme un homme d’esprit, avait formé le plan de se lier avec les gens célèbres pour en refléter la gloire, plan d’une mise à exécution difficile en ne lui donnant pour base qu’un budget de huit mille francs. Aussi, Fabien du Ronceret s’était-il adressé tour à tour et sans succès à Bixiou, à Stidmann, à Léon de Lora pour être présenté chez madame Schontz et faire partie de cette ménagerie de lions en tous genres. Il paya si souvent à dîner à Couture, que Couture prouva catégoriquement à madame Schontz qu’elle devait acquérir un pareil original, ne fût-ce que pour en faire un de ces élégants valets sans gages que les maîtresses de maison emploient aux commissions pour lesquelles on ne trouve pas de domestiques.

En trois soirées madame Schontz pénétra Fabien et se dit : — « Si Couture ne me convient pas, je suis sûre de bâter celui-là. Maintenant mon avenir va sur deux pieds ! » Ce sot de qui tout le monde se moquait devint donc le préféré, mais dans une intention qui rendait la préférence injurieuse, et ce choix échappait à toutes les suppositions par son improbabilité même. Madame Schontz enivrait Fabien de sourires accordés à la dérobée, de petites scènes jouées au seuil de la porte en le reconduisant le dernier lorsque monsieur de Rochefide restait le soir. Elle mettait souvent Fabien en tiers avec Arthur dans sa loge aux Italiens et aux premières représentations ; elle s’en excusait en disant qu’il lui rendait tel ou tel service, et qu’elle ne savait comment le remercier. Les hommes ont entre eux une fatuité qui leur est d’ailleurs commune avec les femmes, celle d’être aimés absolument. Or, de toutes les passions flatteuses, il n’en est pas de plus